La France veut remplacer Microsoft Teams et Google Meet par « Visio », un outil souverain pour les appels vidéo

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Les attaques récentes de Donald Trump contre l’Europe ont réveillé les consciences de nombreux pays européens qui militent désormais pour réduire leur dépendance aux États-Unis. Dans un communiqué envoyé le 26 janvier 2026, Bercy annonce avoir pour projet de lancer son propre outil de visioconférence d’ici 2027, pour réduire son exposition à d’éventuels coups de pression.

« Souveraineté numérique » : dans un communiqué de presse envoyé le 26 janvier 2026, le Ministère chargé de la fonction publique et de la réforme de l’État annonce la couleur. Son projet : généraliser Visio, un outil de visioconférence conçu pour sevrer la France, et plus généralement l’Europe, de sa dépendance aux géants américains.

Alors que Microsoft Teams, Zoom, Google Meet, Skype ou WebEx règnent en maîtres absolus sur nos réunions virtuelles depuis des années, le gouvernement, par la voix de David Amiel, ministre délégué chargé de la Fonction publique, officialise la généralisation de son alternative maison. D’ici 2027, l’ensemble des services de l’État auront l’obligation d’utiliser Visio.

Une solution 100 % française : Visio a-t-il des chances de réussite ?

Développé par la Direction interministérielle du numérique (DINUM), Visio coche toutes les cases de la souveraineté. Il ne s’agit pas d’une simple copie française de Zoom, mais d’un logiciel conçu avec plusieurs couches françaises.

Côté hébergement, les données seront stockées chez Outscale, filiale de Dassault Systèmes, qui bénéficie du très strict label SecNumCloud de l’ANSSI. C’est la garantie que les données ne sont pas soumises aux lois extraterritoriales américaines. Visio intègrera aussi plusieurs fonctionnalités IA comme :

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Votre vie privée doit rester privée.

Face aux cyberattaques, déjouez les pronostics. Les nouvelles arnaques sont plus complexes et plus sophistiquées, alors ne devenez pas une victime de plus, il existe des solutions performantes et accessibles.

  • La transcription automatique des réunions, qui sera assurée par Pyannote, une startup française spécialisée dans la séparation des locuteurs.
  • Le sous-titrage en temps réel, prévu pour l’été 2026, qui reposera sur les modèles du laboratoire de recherche français Kyutai, notamment financé par Xavier Niel.

Actuellement testé par 40 000 utilisateurs, Visio va monter en puissance. Le CNRS, l’Assurance Maladie ou encore le ministère des Armées basculeront sur l’outil dès le premier trimestre 2026.

L’interface de Visio, qui est déjà en phase expérimentale.
L’interface de Visio, qui est déjà en phase expérimentale. // Source : Gouvernement français

Visio est déjà disponible aujourd’hui, mais est réservé à certains métiers publics, comme l’enseignement. Le gouvernement ne dit pas s’il ouvrira un jour sa solution souveraine au grand public.

Prendre son indépendance logicielle sur les États-Unis : un rêve impossible ?

L’initiative est louable, mais le défi est immense. Aujourd’hui, l’administration française, comme le reste du monde, vit sous perfusion numérique américaine. Les systèmes d’exploitation, les suites bureautiques et même les messageries instantanées utilisées au sommet de l’État (on pense à WhatsApp, malgré les interdictions régulières) créent une dépendance systémique aux États-Unis et à leurs géants.

La réalité du terrain est souvent celle de la facilité : Teams est inclus dans la suite Microsoft 365, Zoom est devenu un verbe du langage courant et Google Meet fonctionne avec un simple lien. Tenter de déloger ces outils ne sera pas aisé : les habitudes sont difficiles à bouleverser. L’État français dispose d’autres alternatives déjà crédibles, notamment sur la messagerie sécurisée avec des solutions comme Tchap ou Olvid, mais il s’agit de solutions très confidentielles.

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Olvid est déjà une initiative française pour remplacer WhatsApp. // Source : Olvid

Malgré cette réalité des usages, la bataille semble aujourd’hui difficilement critiquable. Laisser les conversations stratégiques du ministère des Armées ou les travaux du CNRS transiter par des serveurs étrangers pose un risque de sécurité évident. La dépendance stratégique vis-à-vis d’infrastructures externes fragilise l’État en cas de conflit diplomatique ou commercial : Donald Trump a le pouvoir de paralyser les administrations européennes s’il le souhaite. L’inverse n’est pas vrai.

Autre élément mis en avant par Bercy : le coût. Selon Bercy, l’arrêt des licences payantes aux géants américains permettrait d’économiser 1 million d’euros par an pour chaque tranche de 100 000 utilisateurs.

L’autre combat essentiel est celui de la carte bancaire

En plus de cette annonce sur la vidéoconférence, d’autres chantiers commencent à voir le jour à échelle européenne. Parmi eux : les réseaux de paiement. Aujourd’hui, Visa et Mastercard ont un droit de vie ou de mort sur les transactions commerciales du continent. Un blocage pourrait être fatal pour l’économie européenne, même s’il est aujourd’hui hautement hypothétique.

Pour aller plus loin

Payer avec un QR code dans un magasin, ce sera bientôt possible.

À l’avenir, l’Europe pourrait développer son propre réseau de paiement pour permettre des paiements dans la zone sans passer par VISA et MasterCard. Certains pays disposent déjà de leurs propres réseaux souverains (c’est le cas de CB en France), mais il n’existe pas de solution universelle. L’initiative Wero, à base de QR code, ouvre la porte à des nouveaux paiements hors des rails américains.

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